Danièle Linhart

Biographie

Danièle Linhart est sociologue, directrice de recherches émérite au CNRS et membre du laboratoire GTM-CRESPPA UMR-CNRS-Universités de Paris 8 et Paris 10.

Elle a publié de nombreux livres dont La comédie humaine du travail (2015), Perte d’emploi, perte de soi (érès 2002, rééd. 2009), Pourquoi travaillons-nous ? (érès, 2008), Travailler sans les autres ? (Le Seuil, 2009), La modernisation des entreprises (La découverte 1994, rééd. 2010).

Ses recherches portent principalement sur :

  • Modernisation des entreprises
  • Stratégies managériales
  • Évolution du travail
  • Nouvelles formes de mobilisation des salariés
  • La place du travail dans la société

 

Focus sur son ouvrage La comédie humaine du travail (Édition Éres, collection Sociologie clinique, 160 pages, 2015) https://www.editions-eres.com/ouvrage/3530/la-comedie-humaine-du-travail

Avec Taylor, le « père » de l’organisation scientifique du travail, les ouvriers devenaient un rouage passif, astreint à une stricte conformité aux consignes et modes opératoires. Leur travail devait se dérouler indépendamment de leur état d’esprit, de leurs états d’âme et de leurs savoirs.

Le management moderne semble aux antipodes d’une telle orientation. Il clame sa volonté de reconnaître la dimension humaine des salariés, mise sur leur subjectivité, leur personnalité et tend à « psychologiser » les rapports de travail.

Pourtant Danièle Linhart soutient que la logique reste la même : dans les deux cas, s’organise en réalité une disqualification des métiers, de la professionnalité, de l’expérience qui tend à renforcer la domination et le contrôle exercés par les dirigeants. Le résultat est le même : un travail qui perd son sens, qui épuise. Pire encore, le travail moderne précarise subjectivement les salariés, qui, constamment mis à l’épreuve, sont conduits à douter de leur propre valeur et légitimité.

En rapprochant Taylor des managers modernes, l’auteur questionne cette idéologie qui prend de plus en plus de place dans la réalité du travail telle qu’elle se dégage à travers ses propres enquêtes et celles des spécialistes en sciences sociales du travail.

Cet ouvrage a reçu le Prix de l’Écrit Social 2015.

 

Focus sur son ouvrage Perte d’emploi, perte de soi (avec la participation de Estelle Durand et Barbara Rist, Édition Éres, collection Sociologie clinique, 216 pages, 2002 rééd. 2009) https://www.editions-eres.com/ouvrage/2405/perte-d-emploi-perte-de-soi-1

En 1996, la fermeture de l’usine Chausson de Creil, programmée dans le secret par la direction dès 1991, a marqué les esprits. Malheureusement, les problèmes soulevés à cette époque se sont amplifiés et généralisés : l’actualité révèle presque tous les jours des licenciements massifs. La réédition de cet ouvrage est donc devenue une évidence qui nous rappelle qu’ « une fermeture ou des licenciements ne constituent pas seulement des faits quantifiables : nombre d’emplois perdus, nombre de personnes reclassées, mises en préretraite, indemnités financières, formations offertes, déménagements éventuels. Ils représentent autant d’épreuves, de ruptures, de traumatismes, de pertes – de repères, d’identité – qui s’effacent derrière les impératifs économiques, financiers, les diktats de la modernisation, les nouvelles règles du jeu de la mondialisation ». D. L.

Cet ouvrage, qui se lit comme un roman, apporte des éléments concrets pour comprendre les transformations objectives et subjectives du monde du travail dominé aujourd’hui par les politiques managériales modernisatrices qui, si elles misent sur l’individualisation à outrance et la mobilisation de la subjectivité des salariés, privilégient les critères économiques et financiers en les déconnectant de leurs incidences humaines.

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