Geoffrey Le Guilcher

Geoffrey Le Guilcher

glguilcher@gmail.com

Biographie

Geoffrey Le Guilcher est un journaliste d’investigation multicartes (‪@Mediapart, ‪@StreetPress, ‪@LesJours, Éditions Goutte d’Or ‪https://www.editionsgouttedor.com  ‪#SteakMachine)

Il a notamment publié un ouvrage relatant ses activités dans un abattoir breton où il a travaillé « infiltré » pendant 6 semaines : « Steak Machine », Geoffrey Le Guilcher, Éditions Goutte d’or, 200p, 2017. Infiltré dans un abattoir breton pendant six semaines, il raconte une situation de travail où les souffrances humaine et animale sont « indissociables ».https://www.editionsgouttedor.com/single-post/2016/11/19/STEAK-MACHINE-1

 

Focus sur l’ouvrage « Steak Machine » : Extrait de l’article de Audrey Garric (Le Monde, 31 janvier 2017, www.lemonde.fr)

« (…) Pour se faire embaucher, Geoffrey modifie son identité : il se fait appeler Albert – son second prénom –, se tond les cheveux, troque ses lunettes pour des lentilles et s’invente un père éleveur de moutons. L’abattoir qui le prend à l’essai, rebaptisé Mercure – pour éviter les poursuites et protéger ses collègues –, tue 600 bœufs et 7 500 porcs par jour, soit 2 millions d’animaux par an. Trois mille ouvriers y travaillent, à la tuerie, à l’assommage ou à l’accrochage. « Albert », lui, est affecté au parage des bovins. Juché sur une nacelle à trois mètres de hauteur, huit heures par jour, il ôte les graisses d’une carcasse décapitée et coupée en deux. Et ce, à ­raison de 55 à 60 vaches à l’heure, soit des ­milliers de fois le même geste dans la journée. Le bruit de la chaîne est assourdissant et la chaleur oppressante.

Très vite, son corps souffre. Les cervicales et le dos sont douloureux, les doigts bloqués. Les crampes se multiplient, les tendinites ne sont pas loin, malgré les échauffements, les pommades et les compresses thermiques. Un ouvrier, Kévin, confie sa théorie de la douleur permanente : « Personne ne peut éviter d’avoir mal, il faut apprivoiser la douleur, tel est le secret du job. » Selon un autre salarié, Mercure compte au moins un accident par semaine (le plus souvent bénin). Les maladies professionnelles et les troubles musculo-squelettiques sont pléthore : hernies discales, sciatiques, syndromes du canal carpien. La majorité des ouvriers, dont certains « ne peuvent plus rester assis ni debout », se considèrent comme « foutus ».

L’abattoir a réalisé des aménagements pour limiter la dureté du travail, mais ils sont insuffisants. Malgré le robot affûteur, acheté 180 000 euros, les couteaux restent mal aiguisés, obligeant les salariés à forcer pour couper. Surtout, l’entreprise ne reconnaît pas toujours les maladies professionnelles pour payer moins de cotisations sociales.

Pour surmonter cette souffrance physique et psychologique, la drogue est souvent nécessaire. Nombre d’ouvriers tournent à la bière, au whisky, aux joints, mais aussi au LSD ou à la cocaïne. « Si tu bois pas, que tu fumes pas, que tu te drogues pas, tu tiens pas à Mercure, tu craques », assure Kévin, un ouvrier.

Geoffrey Le Guilcher raconte alors les soirées à picoler jusqu’à 7 heures du matin avant de prendre son service, le joint dès le matin ou les barbecues bien arrosés. Ce milieu, très masculin, compte beaucoup d’intérimaires. L’abattoir embauche en continu, quel que soit le niveau d’études, et les salaires ne sont pas mauvais. (…) »

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